Elle
ne disait rien, cependant je voyais qu’elle avait mal parce qu’elle se tenait
le ventre régulièrement. Depuis plusieurs jours, elle endurait ces maux qui l’agressaient
de plus en plus. Je lui proposai d’apporter du citrate de bétaïne, c’est bon
pour les problèmes de digestion. Elle refusa signalant que ce n’était que
passager. Puis elle retourna bricoler dans le garage. Elle aimait passer du
temps à travailler dans cette pièce, car elle pouvait s’amuser et se faire
oublier des autres. Je détestai le garage à cause des araignées. Elles étaient
nombreuses et quelquefois, j’imaginai les voir grouiller le long des murs ou de
la voiture, cherchant à m’attraper et me dévorer dans un drap de soi et
collant. J’exècre les araignées !
Je
l’ai entendu crier pendant que je nettoyai la salle de bain. J’accourus aussi
vite que possible. Elle était allongée par terre au pied de l’établi couvert d’outils.
J’ai pensé à une blessure ou un malaise dû au mal de ventre. Elle ne répondit
pas à mes questions, les yeux révulsées, elle tenait son ventre. Je crus voir
qu’il gigotait tout seul. Puis comme une envie de vomir, elle ouvrit tout à
coup la bouche et chercha à expulser le repas du midi. C’est sorti lentement !
D’abord,
quatre petites pointes noires en forme de bois puis quatre autres
supplémentaires, alignées de chaque côté de ses joues. Elles ressemblaient à
des tiges de bambou mais c’étaient bien de pattes d’arachnide. Je ne savais pas
quoi faire, cherchant du regard une pince sur la table pour les retirer aussi
sec. Ma copine bougeait toujours, les yeux maintenant fermés, la bouche grande
ouverte, je souhaitai qu’elle ne sache pas ce qui sortait de sa bouche. Puis le
corps sortit lentement. J’arrivai à compter les yeux : six. Et deux
crochets prêts à mordre si j’intervenais. La bestiole sembla recouvrir le
visage de mon amie. Je ne savais pas comment cette chose réussit à entrer ni à
quel moment elle s’est introduite en elle. L’abdomen sortit à son tour, il
était rond, poilu. Quand elle remua du popotin, un fil de soie reliait la gorge
de ma copine à l’arrière de son corps. L’araignée était enfin sortie. Elle resta
immobile sur la tête de ma copine qui retrouvait son souffle. Mon aimée cracha
une espèce de salive gluante qui se colla sous l’araignée. J’eus à peine le
temps de dire « Ne bouge pas ! »
qu’elle ouvrit les yeux et hurla soudain en voyant la bestiole devant son nez.
L’araignée partit tout à coup se cacher sous la voiture. J’évacuai ma compagne
hors du garage. Après m’être assuré qu’elle
allait bien, je retournai pour sortir la voiture et écraser cette bête hors
norme. Seulement, elle avait disparu. Nous n’avons pas dormi de la nuit,
repensant à cette chose qui vivait dans le corps de mon amie. Elle-même se
dégoutait.
Le
lendemain, une entreprise de dératisation intervint. Les employés mirent deux
jours pour se débarrasser de toutes les araignées. Ils furent stupéfaits en
découvrant dans un coin derrière une pile de cartons, un rat desséché, vidé
dans un cocon comme s’il avait été mangé par une énorme araignée. Nous avons
déménagé peu après le pire, parce que le pire arriva la semaine d’après quand
mon amie fut opérée d’urgence pour évacuer les centaines de bébé qui
commençaient à la manger de l’intérieur. Je hais les araignées !